On a souvent tendance à penser qu’une croix n’est qu’une croix. Deux barres qui se croisent, un point c’est tout. Pourtant, quand on s’attarde un peu sur les vitrines des bijoutiers ou qu’on fouille dans les boîtes à bijoux de nos grands-mères, on réalise vite que c’est bien plus compliqué que ça. Chaque courbe, chaque pointe, chaque matériau a une raison d’être.

Le bijou est un langage silencieux. Porter une croix, ce n’est pas forcément un acte de dévotion bigote, c’est parfois un clin d’œil à une région, un souvenir de voyage, ou l’adoption d’une philosophie millénaire. Oubliez un instant les cours de catéchisme poussiéreux. Plongeons plutôt dans les légendes, les erreurs historiques (il y en a plein!) et les anecdotes qui donnent à ces dix symboles leur véritable éclat.

La croix Latine

pendentif croix

C’est « la » croix par excellence, celle qui nous vient immédiatement à l’esprit. Et pourtant, son adoption fut tardive. Il faut se rappeler qu’aux premiers temps du christianisme, on préférait des symboles plus discrets comme le poisson (Ichthus) pour ne pas finir dans l’arène avec les lions.

Graphiquement, elle joue sur une asymétrie verticale, la branche du bas est plus longue, ancrant le symbole dans la terre tout en pointant vers le ciel. En bijouterie, c’est le caméléon absolu. Vous la trouverez en or jaune, simple et dépouillée pour les communions, ou sertie de diamants dans des versions rock et glamour. Ce qui me fascine avec ce modèle, c’est sa capacité à se réinventer, elle a survécu à deux mille ans d’histoire pour devenir, parfois, un pur accessoire de mode déconnecté de son sens premier. Un tour de force.

La croix Occitane

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La croix Occitane de chez Histoire d’Or

Ah, la croix de Toulouse! Si vous avez déjà mis les pieds dans le Sud-Ouest, vous savez qu’on ne plaisante pas avec elle. Elle est sur les drapeaux, les places publiques et, bien sûr, autour des cous. Visuellement, c’est un bijou d’orfèvrerie complexe, elle est « cléchée » (ses branches ressemblent à des clés anciennes) et surtout « pommetée » de douze petites boules.

Pourquoi douze? L’explication officielle de l’Église parle des douze apôtres. C’est la version sage. Mais entre nous, la théorie des signes du zodiaque est bien plus séduisante. Cette croix serait une sorte de cadran solaire stylisé, une roue du temps où les douze pommettes marquent les mois de l’année. Porter une croix occitane, ce n’est pas seulement dire « je viens du Sud », c’est porter un morceau d’histoire médiévale qui a résisté aux rois de France.

La croix de Vie (Ankh)

pendentif croix de vie ankh

Direction l’Égypte antique. L’Ankh est probablement l’ancêtre de toutes les croix. Avec sa boucle supérieure en forme de goutte, elle ressemble à une clé, et c’est exactement ce qu’elle est, la clé de la vie éternelle.

Les pharaons ne s’en séparaient jamais. Sur les fresques, on voit souvent les dieux approcher cette croix du nez du roi pour lui « insuffler la vie ». Il y a quelque chose de très moderne dans ce design, une fluidité qui plaît énormément aujourd’hui. Certains y voient l’union des contraires (le masculin et le féminin), d’autres une simple courroie de sandale divinisée par un jeu de mots hiéroglyphique. Quoi qu’il en soit, porter une Ankh, c’est afficher une spiritualité qui dépasse les dogmes, une connexion avec le mystère de l’existence.

La croix Huguenote

pendentif croix huguenote

Pendentif croix Huguenote en or jaune de chez Médaille Précieuse

C’est sans doute le bijou le plus chargé d’émotion de cette liste. Née au XVIIe siècle dans le sud de la France, elle était le signe de ralliement des protestants persécutés sous Louis XIV. C’est une croix de Malte, très géométrique, entre les branches de laquelle se glissent des fleurs de lys. Une façon subtile de dire au Roi, « Nous te sommes fidèles, mais nous gardons notre foi ».

Mais regardez bien le pendentif en bas. Habituellement, c’est une colombe, le Saint-Esprit. Mais il existe une variante, plus rare et poignante, avec une petite goutte appelée « trissou ». La légende dit que c’est une larme, celle des femmes dont les maris étaient envoyés aux galères pour leur foi. C’est un bijou austère, fier, qui se transmet souvent de mère en fille comme un secret de famille.

La croix des Templiers

pendentif croix templiers

Attention, terrain glissant! On confond souvent tout, Templiers, Malte, Teutoniques… La vraie croix des Templiers est une croix « pattée ». Ses branches sont étroites au centre et s’élargissent aux extrémités, comme des pattes. Elle était rouge sur les manteaux blancs des chevaliers, symbole du sang versé.

Aujourd’hui, elle a une aura un peu mystique, sulfureuse même, liée aux trésors cachés et aux sociétés secrètes. En bijouterie, on la retrouve souvent sur des chevalières massives en argent, portées par des hommes qui cherchent un symbole de force et de courage. On est loin de la finesse de la croix occitane, ici, c’est du solide, du martial.

La croix Camarguaise

pendentif croix camarguaise

Celle-ci est une petite jeunette! Elle n’a été créée qu’en 1926 par le peintre Hermann-Paul à la demande du Marquis de Baroncelli. Mais quel génie dans le design! Elle résume à elle seule toute l’âme de la Camargue.

C’est un véritable puzzle symbolique :

La croix supérieure se termine par des tridents (les outils des gardians) pour la Foi.

L’ancre du bas représente les pêcheurs et l’Espérance.

Le cœur central symbolise la Charité. C’est le bijou totem des Saintes-Maries-de-la-Mer. Si vous aimez les grands espaces, les chevaux et le vent salé, c’est celle qu’il vous faut. Elle a ce côté « terroir » authentique qui ne triche pas.

La croix d’Agadez

pendentif croix agadez

On quitte l’Europe pour le sable chaud du Sahara. La croix d’Agadez est le chef-d’œuvre des orfèvres Touaregs. Fabriquée quasi exclusivement en argent (l’or étant parfois mal vu dans certaines traditions locales), elle servait de boussole aux nomades perdus dans l’immensité du désert.

Mais j’ai un faible pour la légende romantique qui l’entoure. On raconte qu’un jeune guerrier voulait déclarer sa flamme à une jeune fille confinée chez elle. Il fit forger un bijou combinant les lettres « T » et « R » (pour Tara, l’amour en langue tamasheq). Ainsi, la croix d’Agadez serait en réalité une lettre d’amour codée. C’est un bijou graphique, ethnique, qui apporte une touche d’aventure et de mystère à n’importe quelle tenue.

La croix Arlésienne

pendentif croix arlesienne

Retour en Provence, mais côté ville cette fois. La croix d’Arles, ou croix de Saint-Trophime, est un bijou de parure pure. Rien à voir avec l’austérité protestante ou la rudesse templière. Ici, on est dans la dentelle d’or, le filigrane, souvent rehaussé de diamants ou d’émaux.

Elle se porte traditionnellement sur un ruban de velours noir autour du cou, mettant en valeur le port de tête des Arlésiennes. C’était historiquement un marqueur social, plus la croix était travaillée, plus la famille était riche. Aujourd’hui, elle reste le summum de l’élégance provençale, un bijou qui se porte fièrement lors des ferias ou des mariages pour affirmer ses racines.

Le Chrisme

pendentif chrisme

Techniquement, ce n’est pas une croix, mais un monogramme. C’est l’ancêtre « officiel » des croix chrétiennes. Il superpose les lettres grecques X (Chi) et P (Rho), les deux premières du mot « Christ ».

C’est le symbole de l’empereur Constantin. La légende veut qu’il ait vu ce signe dans le ciel avant une bataille décisive, accompagné de la phrase In Hoc Signo Vinces (« Par ce signe, tu vaincras »). Contrairement à la croix latine qui évoque le sacrifice, le Chrisme est un symbole de victoire et de triomphe. Il est moins courant en bijouterie grand public, ce qui en fait un choix original pour ceux qui aiment l’histoire romaine et les symboles puissants.

La croix Celtique

pendentif croix celtique

On termine ce tour d’horizon en Irlande. La croix celtique se reconnaît au premier coup d’œil grâce au cercle qui relie les branches. C’est le mariage parfait entre le christianisme et les anciennes croyances païennes.

On dit que Saint Patrick, malin, aurait ajouté le soleil des druides (le cercle) à la croix chrétienne pour faciliter la conversion des Irlandais. Résultat? Un symbole qui parle de nature, de cycles, de saisons et d’éternité. Avec ses entrelacs complexes gravés dans le métal, c’est une croix qui a du caractère, un côté un peu mystique et indomptable qui plaît beaucoup aux esprits libres.